La Viérie du Mont-Joux et les marronniers
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Les comtes de Savoie, qui exerçaient leur pouvoir politique et judiciaire sur la vallée du Grand-Saint-Bernard, prirent possession de tous les principaux cols alpins et, notamment, du col du Grand-Saint-Bernard.

Des péages furent mis en place aux points de passage obligés. Les marchands devaient y laisser un peu de leurs marchandises ou une somme d’argent. La taxe était perçue par un habitant du lieu à la susta (entrepôt de marchandises) de Saint-Rhémy. Les habitants du bourg tirèrent un avantage certain de cet arrêt obligatoire, puisqu’ils pouvaient – contre paiement – proposer aux voyageurs un repas et un toit.

Ils bénéficiaient également du droit exclusif, que leur avaient accordé les comtes de Savoie, au Xe siècle, d’accompagner les voyageurs et leurs marchandises d’Aoste jusqu’au col : c’est ainsi qu’était née la « viérie du Mont-Joux », institution qui figure dans une charte des franchises de 1273.

Ceux qui étaient chargés de ce service et faisaient fonction de guides et de porteurs à la fois étaient appelés « marronniers ». Ce mot dérive d’un terme d’origine indo-européenne qui désignait initialement l’étalon guidant un troupeau de chevaux sauvages et fut appliqué ensuite, par glissement sémantique, aux premiers guides de montagne. Comme le rappelle la baronne Daviso di Charvensod dans une évocation pittoresque, les marronniers étaient reconnaissables à leur habillement : la tête couverte d’un capuchon de feutre, à cause du grand froid, les mains protégées par des gants en fourrure, les pieds enfilés dans des bottes à crampons, en raison de la glace glissante, ils tenaient de longs bâtons pour sonder le passage recouvert de neige profonde. Certains disposaient de bêtes de somme, d’autres portaient directement sur leurs épaules les lourdes marchandises des voyageurs. Le voyage, qui pouvait durer plusieurs jours, était souvent rendu difficile par la neige et les tempêtes. En contrepartie de ce droit, les habitants de Saint-Rhémy devaient assurer l’entretien de la route menant au col et héberger gratuitement les comtes de Savoie et leurs hôtes quand ils se rendaient en Vallée d’Aoste.



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